Entretien avec
Laetitia Bourgeois

Beaucoup connaissent Laetitia Bourgeois, que ce soit comme conseillère municipale à Lavoûte et conseillère communautaire à la culture, ou au travers de ses livres, mais certains ignorent que derrière l'écrivaine se cache une historienne médiéviste. Ce mercredi elle est venue à la médiathèque de Vorey, répondant avec son beau sourire à notre invitation.

Laetitia, peux-tu expliquer comment on passe d'une thèse en histoire médiévale à l'écriture de romans policiers ?

  • … mais qui se déroulent au moyen-âge ! En fait mes recherches étaient très sociologiques ; j'ai surtout étudié comment les vellaves de ces temps anciens reconstruisaient leur société entre deux épidémies de peste, dont la plus importante, celle de 1348. Le moyen-âge est très riche d'une multitude de petites histoires locales, … celles qui ensemble font l'Histoire (avec un H majuscule). 
C'est vrai qu'en lisant tes livres, j'ai redécouvert cette période qu'on m'avait présentée, quand j'étais potache, comme un passage historique assez peu intéressant entre la splendeur de l'Empire Romain et la magnificence de la Renaissance.
  • Alors que cela a duré un millénaire ! Il faut dire que les historiens universitaires sont assez « ésotériques », s'intéressant à la fabrication des lacets en Franche-Comté entre 1243 et 1248, … je caricature bien évidemment ! Il m'arrive de consacrer quelques lignes à un procédé de vinification de l'époque ou autre tradition artisanale significative, … et j'y prends plaisir, mais il faut que cela s'inscrive dans la trame de la fiction.

Si je comprends bien, au travers de tes livres, tu fais œuvre de vulgarisation historique ?

  • C'est vrai, c'est aussi une façon de faire percevoir la richesse de cette période et, au travers de ces fictions, d'expliquer comment ces gens vivaient, ce qui constitue la fonction primordiale de l'historien.
 
Je t'ai entendu dire que si la « trame policière » était pure fiction, la toile de fond était « réelle » en ce sens que tous les événements et les « décors » étaient sinon vrais, du moins tout à fait « possibles » à cette époque,
  • Je n'oublie pas mes racines d'historienne ! De ce point de vue là on peut dire que tout est « globalement exact ». Mais on n'y trouvera pas le portrait d'un véritable seigneur, le sire de Randon est en fait une synthèse, en quelque sorte une "combinaison" de différents seigneurs, car ils étaient très divers du propriétaire de trois fermes, qui vivait chichement, aux grandes baronnies comme les Polignac dans notre région depuis le neuvième siècle.

Alors le cinquième roman, c'est pour bientôt ?

  • Je l'ai terminé hier soir et il sortira prochainement en 10*18. Son titre ? Vraisemblablement « les assiégés du Mont Anis », l'action se déroulant au Puy. En fait c'est chronologiquement le deuxième, Barthélémy et Ysabellis partant à la fin du premier livre pour une destination inconnue. J'avais écrit le premier jet en trois semaines, puis je l'avais mis de côté. Et oui, la finition est toujours longue, non seulement sur le plan de l'écriture elle-même, mais il faut aussi s'assurer de la cohérence du scénario, … tout cela est délicat !

Je ne peux pas oublier que tu es aussi élue municipale et élue communautaire à la commission culture de la CCE. Par ces temps de restriction budgétaire, n'est-ce pas trop difficile ?

  • Il nous arrive certes parfois d'effectuer quelques coupes financières, et cela « nous fend le cœur ! » Mais nous le faisons d'un commun accord au sein de la commission culture, et nous pensons agir pour le mieux … ou le moins mal. Et puis, avec l'Embarcadère, nous avons pour la culture en Emblavez un outil dont peu de collectivités territoriales disposent !

Et notre carte communautaire pour toutes les bibliothèques de l'Emblavez ? 

  • Nous n'y sommes pas encore arrivés, mais de toute façon, comme c'est dans la logique de l'action que vous menez au sein du réseau des bibliothèques, cela se fera ; il faut que les esprits s'y fassent et, comme disait un célèbre écrivain, « laisser du temps au temps » !

Entretien réalisé par Christian Lafond

Vous pouvez retrouver Laetitia sur son Blog : Deux ou trois trucs