En Février 2013


Exposition partagée
Médiathèques de St Vincent et Vorey



Traverser sans la voir

Toiles brodées de
Christine Peyret

 
Christine brode la guerre d'Algérie (le « la » du titre) et ses scènes grandeur nature nous racontent la vie quotidienne, le conflit, les hontes, la mort, le départ, la liesse.
Son travail à partir de photos d'archives est singulier, original et puissant. En regardant ces grandes toiles on a envie d'approcher, de chercher les détails, de suivre le fil, de deviner les pensées des sujets photographiés.
On imagine, on se raconte l'histoire avec ce que l'on a en mémoire, réalisant que le sujet nous bouscule, qu'il nous questionne, que notre histoire avec l'Algérie est chargée d'affect, encore aujourd'hui.
Le travail de Christine est salutaire, il propose de réfléchir à ce moment où l'histoire s'est déchirée, provoquant des traumatismes dans nos deux peuples ; il met côte à côte des jeunes appelés, des harkis, des soldats, des civils.
 
Christine brode et en brodant elle fait parler l'histoire, elle raconte, elle raconte son Algérie, elle fait se rapprocher les deux rives de la Méditerranéenne pour que des mains se tendent et se reconnaissent.
Sa démarche artistique n'est pas anodine, broder l'histoire sur une toile, même si le travail est mécanique, même si l'ordinateur commande, prend du temps, beaucoup de temps et le temps est nécessaire sans doute pour comprendre et « digérer ». 
Cet événement culturel a ouvert à Saint-Vincent le 8 février, avec le vernissage de l'expo suivi d'une lecture. Ont été lus (entre autres) des extraits de Noces d'Albert Camus, d'Une journée ordinaire de Maïssa Bey, des lettres de Jean Amrouche à Jules Roy ou à François Mauriac, des poèmes de Leila Sebbar et de Hadj Ali et des extraits du livre de l'artiste « Traverser sans la voir ».
Le froid avait contraint certains habitués à rester chez eux ; dommage, ceux qui étaient là ont rencontré une artiste hors norme, ... tout en dégustant salades de fruits et patisseries algériennes..
A Vorey, le 28 février, Christine est venue exposer sa démarche : comment elle avait voulu retrouver l'histoire de son enfance, de sa famille, de cette guerre que beaucoup comme elle, avaient traversée sans vraiment la voir.
D'où cette quête dans les archives, les rencontres avec les historiens, les appelés auxquels elle a tenté d'arracher souvenirs et sentiments mélés d'angoisse et de culpabilité.

Christine nous a aussi expliqué sa technique, son travail préparatoire sur l'ordinateur, les brodeuses automatiques, ...

La bibliothèque était pleine, le public passionné, et là aussi, c'est avec des coupes de salades de fruits que s'est terminée la soirée.