Salle polyvalente de Roche-en-Régnier
Jeudi 28 avril 2016 à 20h
Les « usines couvents »
Conférence de
Raymond Vacheron
Raymond Vacheron contribue depuis le début à « l'histoire sociale de la Haute-Loire » publiée aux Editions du Roure, dont on a découvert le n°7 en ce début d'année. Dans l'équipe constituée autour de René Dupuy, Raymond s'intéresse plus spécifiquement aux questions économiques. Il a ainsi publié des articles sur les tanneries et les papeteries. Il nous livre cette fois une étude sur les industries textiles en se focalisant sur les « usines couvents » du XIXème siècle et début du XXème.
Dentelle et passementerie étaient des activités traditionnelles des femmes de notre département, qu'elles exerçaient à domicile. Ainsi la Haute-Loire a compté 100 000 dentelières au début du siècle dernier.
La mécanisation et le désir de ne pas s'installer dans les grandes villes ont poussé les patrons à créer des usines dans les campagnes. Une condition cependant : avoir des sources énergétiques proches, d'où les installations proches de rivières, comme l’usine de rubanerie Colcombet à La Séauve-sur-Semène, à laquelle Raymond a consacré l'essentiel de son étude.
Les moyens de transport ne permettant pas aux employées de rentrer quotidiennement chez elles ainsi que le désir des patrons d'avoir des ouvrières totalement soumises, a conduit à la création de ces usines-couvents, où les ouvrières à partir de 12 ans travaillaient, mangeaient et couchaient, surveillées par des religieuses, en général de Saint Joseph.
Le règlement intérieur était drastique : levées à 5h (6h le dimanche!), elles effectuaient 13h de travail par jour du lundi au samedi, soit 78h hebdomadaires, les apprenties (moins de seize ans) n'étant pas payées et ne rentrant dans leurs foyers qu'une fois par mois. Le dimanche passé à l'usine était essentiellement consacré aux devoirs religieux.
Les parents étaient d'autant plus ravis de mettre leurs filles dans ces établissements que le peu qu'elles gagnaient leur revenait.
Mais paradoxalement, tel le Sisyphe d'Albert Camus, ces filles étaient relativement contentes de leur sort. Aller à l'usine-couvent permettait de connaître d'autres filles, de discuter, de travailler, d'apprendre à lire, … et surtout de sortir de la ferme des parents et des dures travaux ruraux. Adultes, elles arrivaient à se marier, … ou entraient au couvent ! La boucle était alors bouclée !
Les usines-couvent disparurent au lendemain de la dernière guerre, en même temps que le déclin de l'industrie textile dans la région.
Une des dernières fut celle de Retournac qui ferma en 1975 ; dont des anciennes ouvrières étaient venues assister à la conférence, ce qui a conduit à un dialogue vivant où elles ajoutèrent leurs propres souvenirs à ceux recueillis par Raymond.
Vous pouvez réécouter la conférence de Raymond Vacheron, en cliquant successivement sur :
Conférence 1ére partie Conférence 2 ème partie