Rendez-vous poétique à la médiathèque, deux femmes, deux voix, deux univers et en accompagnement musical le percussionniste Benoit Poly..
Sylvie Durbec et Nathalie Riera nous ont fait l'immense plaisir de quitter leur Provence pour venir rencontrer les lecteurs de l'Emblavez.
Sylvie Durbec, habite près du joli village de Boulbon, ex professeur de français elle vient d'ouvrir dans son moulin une librairie « la librairie au milieu des champs » ce n'est pas un lieu traditionnel mais un endroit où sont mis à l'honneur des « petits » éditeurs, spécialisés pour la plupart dans la poésie ou les livres d'artistes, un endroit où l'on programme des lectures, des rencontres, des ateliers d'écriture.
Sylvie est originaire de Marseille, elle écrit depuis longtemps, de la poésie, du théâtre des romans pour adultes ou de la littérature de jeunesse. Elle dessine et bricole depuis toujours. Elle a d'ailleurs accroché quelques-uns de ses très beaux collages à la médiathèque.
On y découvre un univers fantaisiste, un peu surréaliste, sur un fond noir très dense elle colle le fruit de ses recherches, de ses hésitations, elle invente un monde. La peinture tient d'ailleurs une grande place dans son écriture.
Sylvie a lu des extraits d'un très beau livre sur le peintre russe Soutine : peinture c'est silence . Avec Marseille, éclats et quartiers, poèmes et proses s'enchevêtrent et célèbrent la ville, c'est un voyage géographique dans le quartier du port et de la Joliette, celui de Vauban ou de Notre Dame de la Garde mais c'est aussi un voyage dans les souvenirs de l'enfance, dans la mémoire, aux côtés du père. Pour finir Sylvie a lu un passage de La huppe de Virginia, édité en 2011 chez Jacques Brémont, belle lecture incarnée.
Il y aurait une femme
il y aurait un homme
ce seraient leurs voix qui diraient
et il n'y aurait plus pour traduire
que les oiseaux la terre et le pain
(extrait)
   
Nathalie Riera vit et travaille en Provence, elle se consacre à l'animation de théâtre d'atelier, a écrit La parole derrière les verrous aux éditions de l'amandier, en 2010 chez Lanskine Puisque beauté il y a dont elle a lu quelques extraits :
in angulo
en replis les mélodies
liesse des chevaux liés au monde
remonte
après la mort, après la faim
l’amande, la menthe
où s’élève et retombe
la poussière des terres du sud
dans une confusion d’esprit
vers l’automne
dans l’ombre hors de l’enclos
ce que j’entends vient
des lèvres sans mot
robe de couleurs
au fond de la grange
je n’ai pas d’histoire à raconter
mes flèches ne sont pas
d’un bois léger
(Variations d'herbes - Extraits)
Femme à lèvres fleur, j'écris ce qui est dans le
désir d'être écrit, la parole des arbres habités,
l'oiseau pour me rappeler ce qui est futile,
l'enfance et son rire gracile que j'oublie.
Élancés sont les mots qui nous abreuvent.
Mais que reste-il de leurs tissus de sable ?
Le dernier livre parut tout récemment Variations d'herbes aux éditions du petit pois est magnifique, l'écriture de Nathalie est charnelle, contrastée, elle a le goût des embruns, des cailloux, des ombres sous les branches, elle est musique faite de craquements et de crépitements.
Nathalie dirige par ailleurs la revue numérique : Les carnets d'Eucharis.
Sur ces deux voix qui se répondaient, Benoit Poly a improvisé, il a proposé une ambiance sonore, jouant de ses nombreuses percussions : bol tibétain, maracas, tambourin, verres, cloches...
Le public présent, attentif a écouté ces voix de femmes, les mots qui à chaque nouvelle lecture se réécrivent.
Merci à Jacques Estager, poète et ami, il était l'initiateur de cette soirée. Babeth Cultien
Au cours de cette soirée, Jean Cortial a réalisé des vidéos.
Vous pouvez voir deux d'entre elles en cliquant sur ces photos.